C - L’intégration commerciale et financière à l’économie mondiale
2 - L’ouverture et les financements internationaux
En dehors de l’échange international des biens, les mouvements de capitaux, notamment les financements extérieurs au titre du développement, sont l’autre facette de l’ouverture et de l’intégration à l’économie mondiale. Les interrogations autour des flux d’aide sont à la fois nombreuses et importantes comme le rappelle P. Guillaumont (2005) dans sa contribution au numéro spécial de la Revue d’économie du développement dédié à la thématique : Fondements, allocation et impact de l’aide, sujet principal de la conférence AFD/EUDN (2004). Le lien entre les objectifs et l’efficacité de l’aide a été fortement influencé par les résultats de la recherche. En revanche, et la question est pourtant importante, la profession a accordé moins d’analyse à la relation entre l’aide et la vulnérabilité aux chocs. Si l’agenda de recherche autour des questions de la "bonne" pratique de l’aide est chargé, le CERDI a contribué à en faire évoluer les termes de diverses manières.
Au cours de la présente contractualisation, le sujet a été l’élément dominant de la recherche de P. Guillaumont, en relation avec les interrogations précitées sur l’efficacité des politiques de l’aide. Avec L. Chauvet, actuellement chercheur à l’IRD, il a pu être montré que l’aide était d’autant plus efficace que les pays sont plus vulnérables, variable dont l’impact est finalement plus significatif que celui des variables reflétant la qualité de la politique économique. Ces conclusions, produites dans l’article du Journal of Development Studies, ont été revues et approfondies dans une communication publiée avec les actes de la Conférence ABCDE Europe de 2003.
L’approfondissement a consisté à endogénéiser la politique économique pour aboutir à un modèle économétrique où la qualité de l’aide est mise en relation avec le phénomène de vulnérabilité au côté des régresseurs traduisant l’influence présente ou passée de la politique économique et le rôle de l’instabilité politique. Une autre extension de ce travail, qui a donné lieu à une communication au colloque CSAE d’Oxford, a par ailleurs établi que l’aide, dont l’efficacité marginale est accrue par la vulnérabilité, ne manifestait pas une volatilité pro-cyclique comme il est parfois suggéré dans la littérature récente sur le sujet. Ces recherches sont actuellement prolongées dans deux directions, l’une à travers laquelle il est tenté d’identifier l’impact de l’aide internationale sur la réduction de la pauvreté, l’autre, de portée plus microéconomique et en collaboration avec Rachid Lajaal, qui se donne pour objectif de mesurer l’influence de l’aide projets de la Banque mondiale dans les pays confrontés à des chocs. Les résultats provisoires de la deuxième réflexion semblent d’ores et déjà confirmer l’hypothèse d’une efficacité de l’aide déclinant avec son volume.
Les recherches sur l’efficacité de l’aide au développement ont été à la base d’autres investigations conduites en collaboration par P. Guillaumont et S. Guillaumont Jeanneney dans trois directions complémentaires: l’étude de la conditionnalité et les inflexions de son principe au tournant du millénaire, l’adaptation des modalités de l’aide aux chocs externes, la sélectivité de l’aide vue sous l’angle de la qualité de son affectation géographique. Ce troisième point d’entrée dans l’évaluation de l’aide a trouvé des applications particulières, à la fois multilatérales et bilatérales, par les regards critiques portés sur la pratique des expériences de l’Union européenne et de la France.
A la fin des années quatre-vingt-dix, la Commission Européenne a expérimenté un nouveau type de conditionnalité, fondé non plus sur des mesures à prendre en matière de politique économique, mais sur des objectifs à atteindre dans les domaines notamment d’éducation et de santé, réalisations qui conditionnent le décaissement des ressources financières. Le CERDI, en collaboration avec des chercheurs des Universités d’Oxford et d’Amsterdam, a été à l’origine de cette mutation dans la modalité d’octroi de ces concours appelés à devenir plus engagés dans la perspective d’instauration d’une véritable relation partenariale avec les pays Afrique Caraïbe Pacifique (ACP).
En relation avec cette nouvelle politique d’affectation, il fut demandé à certains des enseignants chercheurs du CERDI de mettre en évidence les implications de cette évolution sur un nombre à la fois limité et caractéristique de pays tests : le Burkina-Faso, le Bénin, Madagascar et l’Ouganda. Ces analyses ont fait apparaître toutes les difficultés à mettre en œuvre ces changements de philosophie et à formuler une série de propositions en vue de promouvoir une véritable conditionnalité de "performance" susceptible de promouvoir une meilleure appropriation des politiques par les gouvernements des pays en développement. De ce travail d’aide à la décision, de l’appréhension des difficultés à ne pas substituer des indicateurs intermédiaires de résultats aux indicateurs de performance initialement visés, ont découlé l’écriture et la publication de deux articles dans les revues World Development (2004) et Afrique contemporaine (2004).
Le second volet précité s’est intéressé à situer l’accroissement de l’efficacité de l’aide par rapport à son adaptation en regard de la vulnérabilité aux chocs exogènes que subissent les pays ACP. Dans différents chapitres d’ouvrages collectifs, P. Guillaumont (2002, 2003), puis P. Guillaumont, en collaboration avec S. Guillaumont Jeanneney (2003, 2005), ont présenté plusieurs formules de dons ou de prêts indexés sur le prix des exportations. Ces transferts peuvent être offerts en échange de l’adoption ex ante de règles de politique contra-cyclique, diverses modalités selon lesquelles l’aide pourrait appuyer des mécanismes relevant de l’assurance pour les petits producteurs agricoles ou de la stabilisation des prix dans le respect des tendances longues du marché international.
Troisième et dernier volet de réflexion auquel il a été fait référence ci-dessus : l’évaluation des politiques de l’aide du point de vue de leur efficacité en regard de l’affectation géographique. Dollar et Levine (2005) ont présenté une mesure de la sélectivité des donneurs, bilatéraux et multilatéraux, en mettant en avant l’influence du niveau du produit par tête des pays en développement et la qualité de leur politique économique dans l’octroi des flux d’aide à chacun de ces pays. Dans cet exercice d’évaluation, la France est mal classée, coupable, semble-t-il, d’une orientation excessive de son aide vers des pays où les problèmes de gouvernance publique sont récurrents. Quelles que soient les précautions prises pour l’évaluation géographique de cette aide, P. Guillaumont montre que la démarche qui sous-tend cette analyse est marquée par une certaine subjectivité que révèle la sensibilité potentielle de ce classement au critère d’affectation privilégié.
Le choix de critères alternatifs, comme la sélection de l’aide internationale, selon par exemple la vulnérabilité aux chocs, le niveau du capital humain voire certaines préférences culturelles, induirait un tout autre classement, ce que vient montrer un article à paraître dans World Economy. Pour autant l’aide française n’est pas exempte de critiques. Le rapport pour le Conseil d’Analyse Economique de S. Guillaumont, en collaboration avec D. Cohen et P. Jacquet (2006), pointe les grandes orientations d’une amélioration en la matière et suggère, plus généralement, une réforme profonde de la pratique française en matière d’aide internationale aux pays en développement.


