D - Le développement et les comportements microéconomiques
2 - La microéconomie et le comportement des entreprises
Les travaux sur les entreprises ont eu notamment pour objet l’étude des comportements productifs dans des contextes de libéralisation commerciale et d’intégration à l’économie mondiale. L’environnement international est un puissant facteur de stimulation de la productivité des organisations dont la survie est conditionnée par l’utilisation plus efficace des ressources productives. Les travaux de P. Plane ont porté sur cette dimension de l’analyse avec des applications centrées sur les différents secteurs manufacturiers Ivoiriens. La bonne utilisation des ressources n’est elle-même pas indépendante de la formation des salaires, de la sensibilité des rémunérations aux contextes institutionnels du marché du travail et à l’environnement de concurrence dans lequel opèrent les firmes. M. Fournier et S. Démurger Fournier, en collaboration avec Chen Yi, ont exploré cette question des différences de salaires en Chine, pays où le marché du travail est segmenté selon des lignes de partage qui mettent en évidence les droits de propriété, le secteur d’appartenance de l’activité et l’économie géographique à travers le lieu d’implantation des entreprises.
Dans leur article d’Economic Development and Cultural Change (2005), sur la base des données d’enquêtes nationales des ménages effectuées par l’Institut d’Economie de l’Académie Chinoise des Sciences Sociales sur les années 1988,1990 et 1995, les auteurs proposent une analyse de ces facteurs de détermination des salaires. La méthodologie retenue pour l’analyse de ces différentiels conduit d’abord à l’estimation d’équations de salaires à la Mincer par type d’entreprise, par province et par sexe. Elle amène ensuite à effectuer une forme étendue de décomposition de type Oaxaca Blinder. La technique de décomposition utilisée ici permet de calculer des salaires hypothétiques correspondant au revenu que les employés d’un "groupe" particulier percevraient s’ils étaient payés en fonction du mode de rémunération d’un autre "groupe". La comparaison entre les revenus observés et les revenus simulés permet d’évaluer la part des différentiels salariaux imputables à la segmentation du marché du travail. L’analyse réalisée suggère que les revenus distribués diffèrent entre les firmes locales, selon notamment la taille des organisations et le mode de distribution des droits de propriété. Il s’avère en particulier que les salariés des entreprises d’Etat bénéficient des rentes attachées au système de protection commerciale. Les salaires révèlent également un écart selon également que le capital des entreprises est détenu par des agents locaux ou par des firmes étrangères.
Les entreprises des pays en développement sont engagées dans un processus d’intégration à l’économie mondiale qui implique une amélioration de leur efficacité productive. Le relâchement de l’effort et les phénomènes d’inefficience-X ne sont pas typiquement des problèmes inhérents au sous-développement, mais l’environnement en question en constitue un facteur aggravant. La recherche de P. Plane (2005, 2005) est en partie orientée sur l’évaluation des gains de productivité des firmes et la décomposition de cette performance productive en ses différents éléments endogènes au comportement managérial, notamment l’inefficience technique dans ses dimensions liées à l’échelle de production et surtout à la technologie productive qui implique un positionnement par rapport à l’intensité capitalistique.
Les deux articles publiés respectivement dans le Journal of Development Studies (2005) et The Developing economies (2005) proposent une évaluation transversale de ces gains par utilisation des techniques de frontières paramétriques et non paramétriques appliquées à un échantillon représentatif des secteurs manufacturiers Ivoiriens au milieu des années quatre-vingt-dix. Par décomposition d’un indice de Malmquist non paramétrique, il est montré que dans la majorité des entreprises ivoiriennes relevant des quatre secteurs manufacturiers étudiés, les petites entreprises ont eu une efficience "managériale" supérieure aux grandes. Cet avantage d’efficience technique "pure" est cependant plus que compensé par le gain "technologique" des grandes organisations tandis que le facteur d’inefficience d’"échelle" affecte toutes les entreprises, quelle que soit leur taille.
Le comportement des entreprises est également étudié à travers le fonctionnement d’un secteur, en l’occurrence le textile, dans la seconde région économique tunisienne que constitue le gouvernorat de Sfax. Ces activités économiques, qui constituent l’activité de transformation principale de la Tunisie, sont de plus en plus confrontées à la montée en puissance des grands pays asiatiques dont la Chine et l’Inde. L’étude, menée à Sfax en 2004, a eu pour but de comprendre les changements de comportement des entrepreneurs et de leur "capital social" au sein de ce district industriel marshallien et d’éclairer les phénomènes de coopération à l’œuvre au niveau de la production. Le travail a réuni P. Dulbecco, P. Plane et F. Bresson, doctorant au CERDI, mais également M. Chaffai, de l’Université de Sfax. Il a impliqué d’enquêter 25 % des entreprises de la région et de tester, par l’économétrie qualitative (logit binaires, logit multinomiaux), la profondeur des phénomènes de coopération selon que cette dernière est informelle ou écrite, avec ou sans partage des coûts de l’innovation. Les conclusions mettent en lumière les exigences d’une densification des relations entre les entrepreneurs et les moyens d’y parvenir pour assumer efficacement les défis de la mondialisation.


