Centre d'Etudes et de Recherches sur le Développement International

logo CERDI
CERDI

CERDI

accueil » recherche » thèmes » les institutions et le développement

E - Socio-économie et développement durable

2 - Les institutions et le développement

sommaire

La piètre qualité des institutions est parfois présentée comme le principal obstacle au développement, a fortiori si l’on considère, comme le suggère Stiglitz, que le fonctionnement des mécanismes du marché par lequel se réalise l’essentiel des transactions marchandes est partie intégrante de ces influences institutionnelles. L’analyse des implications des institutions sur l’économie a de longue date occupé une grande place dans le raisonnement des économistes du développement. Quelques grands pionniers du domaine, par exemple Gunnar Myrdal, en ont fait une question centrale à travers les analyses du sous-développement indien, tenaillé par la corruption et les dysfonctionnements de l’ "Etat mou". Au cours de ces dernières années, le rôle des institutions a trouvé une nouvelle actualité à la faveur de la diffusion de bases de données internationales à la fois longues et permettant d’accéder à des variables que l’on considérait jusqu’ici comme purement qualitatives, non réductibles à des évaluations continues. Le CERDI est donc naturellement porté à l’utilisation de ces variables et aux conditions gouvernant leur changement dans le temps.

L’analyse du comportement de l’Etat, de la distribution des rôles entre la puissance publique, les organisations et les marchés a toujours fait l’objet d’une grande attention dans le laboratoire. Le travail déjà ancien diligenté sur les filières agricoles d’exportation africaines, travail réalisé en 2001 pour le compte du Ministère des affaires étrangères, porte témoignage de l’intérêt suscité par l’analyse de questions institutionnelles aussi variées que la privatisation, l’organisation des marchés et leur réglementation lorsque l’absence de concurrence fait craindre des captures de rentes. C. Araujo Bonjean et J.-L. Combes (2001) ont dirigé cette étude à laquelle ont également participé J.-F. Brun, G. Chambas et P. Plane. Publiée sous le titre : Modes d’organisation des filières et lutte contre la pauvreté : le cas du coton et du cacao, cette étude retrace le processus de libéralisation des filières agricoles. Elle traite de leur exploitation et de la privatisation des acteurs publics. La principale question posée par les auteurs a consisté à savoir si le développement de la concurrence et le désengagement de l’Etat en Afrique de l’Ouest avait conduit à des améliorations de bien-être des paysans, notamment parmi les plus pauvres, dans ces économies africaines où les défaillances de marché sont multiples.

Dans les études proposées par le CERDI, les institutions ont pu être considérées comme un facteur exogène pris en compte dans le cadre transversal pour l’explication de phénomènes économiques variés. C’est le cas, par exemple, lorsque les macroéconomistes cherchent à identifier le rôle des institutions sur la dynamique de long terme du Produit intérieur et sa répartition où lorsque les microéconomistes se donnent pour objectif d’apprécier les implications des formes contractuelles ou celles de l’insécurité intérieure sur les modes de productions et arbitrages dans la production des biens (cf la sous-section dédiée à l’analyse du développement durable). Dans les dernières années des travaux se sont également essayés à endogénéiser certaines de ces institutions, en particulier l’insécurité qui trouve parfois sa traduction dans l’expansion de comportements criminels. Si les institutions sont désormais considérées comme un facteur clé de la performance économique, on peut penser que les instabilités macroéconomiques contribuent en retour à pénaliser cette performance et à susciter des désordres sociaux. En engendrant des coûts de transaction parfois exorbitants, ces désordres peuvent altérer sensiblement le fonctionnement de l’ensemble de l’économie.

Dans une communication aux Journées de l’AFSE 2005, P. Guillaumont et F. Puech ont proposé une première évaluation de ces influences de l’instabilité macroéconomique sur le niveau et l’évolution de la criminalité observable dans les pays en développement. Par- delà les difficultés méthodologiques nombreuses associées notamment au caractère protéiforme de la criminalité (vols, homicides…) et de la pluralité de facteurs dont il faut contrôler l’influence concomitante, l’économétrie appliquée de l’étude n’en livre pas moins des enseignements appréciables. En particulier, les auteurs ne rejettent pas l’hypothèse selon laquelle l’instabilité serait une source de prolifération des vols.

Les questions de sécurité sont bien un des domaines où l’on pointe le besoin de règles et de moyens permettant de garantir leur bonne application. Dans l’espace régalien de la nation, il appartient à l’Etat de mettre en place les dispositions propres à donner la quiétude aux agents, à susciter l’environnement propice au développement des affaires. On vient de voir, à travers le travail de P. Guillaumont et F. Puech, la difficulté d’assurer cette quiétude au niveau national et la contribution à l’explication de ces difficultés des phénomènes d’instabilité qui stimulent la criminalité. La satisfaction de cette tranquillité devient plus délicate encore avec l’internationalisation de l’insécurité inhérente notamment au développement des actes terroristes, avec les sentiments d’insécurité que sont venus exacerber les événements du "11 septembre 2001". Les solutions aux problèmes que pose le fonctionnement du "village planétaire" ne sont plus au niveau de l’Etat stricto sensu, mais bien au niveau de la "gouvernance mondiale". Comment trouver la parade à la montée des insécurités, comment prévenir les psychoses collectives de nature à altérer la dynamique des échanges commerciaux internationaux et réunir les financements nécessaires à la promotion de ce "bien public global" que constitue la sécurité ?

Comme la paix, la sécurité participe en effet de ces biens ayant la propriété de non-rivalité dans la consommation et de non-exclusion dans leur fourniture. Dans deux articles, dont celui publié par World Developement, P. Dulbecco et B. Laporte (2005, 2005) traitent de ces questions en se référant plus particulièrement aux stratégies de financement de la "sécurité". Les pays développés ont apporté un certain nombre de réponses aux actions terroristes à travers notamment des certifications et normes de sécurité. L’exécution de cette politique requiert des investissements coûteux et souvent hors de portée des pays les plus pauvres. L’analyse critique des différentes sources et instruments de financement possibles amène les auteurs à proposer plusieurs scénarios définissant le partage des responsabilités entre les différentes parties prenantes.

Dans l’ensemble des chercheurs permanents du CERDI, la recherche de P. Dulbecco est sans doute celle qui s’inscrit de la manière la plus structurelle dans la production de connaissances sur les institutions et leur évolution. Dans l’article de Review of Austrian Economics, ces changements institutionnels sont analysés en relation avec l’économie de marché, sujet habituellement abordé sous l’angle méthodologique et épistémologique. P. Dulbecco élargit l’angle de réflexion sur le sujet pour montrer le caractère opérationnel de l’analyse autrichienne des institutions avec une référence plus particulière aux travaux de Lachmann. L’article permet d’établir les conditions d’un développement harmonieux des mécanismes de marché, d’une articulation temporelle appropriée entre les différentes institutions. En restant dans cette ligne méthodologique, P. Dulbecco a également étudié, au niveau microéconomique et en collaboration avec M.-F. Renard (2003), l’importance de la décentralisation de l’économie chinoise pour l’installation de l’économie de marché dans un pays qui reste officiellement régi par la centralisation des décisions politiques importantes. Partout dans le monde, les forces du marché marquent leur prépondérance sur les démarches de planification et d’organisation publique, non sans certains excès justifiant parfois le retour de l’Etat et des interventions publiques.

S’il est un domaine où les insuffisances institutionnelles du marché se sont révélées parfois perturbatrices, affectant gravement le fonctionnement de certaines économies à revenu intermédiaire, c’est bien celui des marchés financiers. Depuis la fin des années quatre-vingt, la dynamique des économies émergentes a clairement situé l’importance qu’il convenait de réserver au renforcement des règles de fonctionnement régissant ces marchés. Le mouvement de libéralisation financière s’est en effet effectué dans un contexte d’accroissement significatif du nombre de crises bancaires qui met en lumière le caractère critique de la réglementation institutionnelle dans la gestion des flux de capitaux. P. Dulbecco et J.-P. Allegret (2002) soutiennent que la solution qu’il convient d’apporter à ces problèmes n’est pas seulement au niveau de la "gouvernance intérieure" de chacun des Etats. Elle est aussi dans l’organisation des relations internationales à travers l’établissement d’une "gouvernance globale" capable de réguler les flux et de faciliter une gestion non déstabilisante des mouvements de libéralisation.

Dans deux articles, menés en collaboration avec J.-P. Allegret et B. Courbis, P. Dulbecco (2003, 2003) explore, par ailleurs, les moyens de dépasser la contradiction habituelle sur le rôle dévolu au marché entre partisans du renforcement de ces mécanismes et tenants de l’idée que les économies subiraient au contraire les désorganisations d’un excès de ces forces autonomes de marché. L’idée développée par les auteurs est que la réponse à l’instabilité financière devrait être appréhendée dans une dynamique institutionnelle alternative à ce débat controversé où les économies émergentes utiliseraient les avantages d’un système intermédiaire pour renforcer le processus de marché.

sommaire