Axe 1 - Microéconomie des ménages et des producteurs
1.3 - Les entreprises et les exigences d'efficacité de la mondialisation
Les économies de l'espace géographique de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient (MENA) sont confrontées à des chocs de compétitivité en relation avec l’intégration à l’économie mondiale de nouveaux grands Etats comme la Chine et l’Inde. L’émergence de ces acteurs sur la scène internationale menace jusqu’à la survie de nombreuses entreprises, souvent d’ailleurs dans des secteurs de proue comme les branches du cuir, du textile et de l’habillement. Dans cette phase de tension sur les prix par renforcement de la concurrence, l’objectif assigné à ce programme est de mesurer les niveaux et gains d’efficacité productive des entreprises, d’en comprendre la formation et de mener des comparaisons internationales par secteur sur des échantillons larges de pays en développement à revenu intermédiaire. La mesure de la performance productive et son évolution dans le temps peut procéder de différents facteurs comme l’impact de l’environnement économique extérieur, le rôle des institutions ou bien encore de l’efficacité interne de gestion appréciée à travers l’utilisation des ressources et les comportements d’innovation.
La mesure de l’efficacité productive sera effectuée sur plusieurs secteurs d’activité avec des données d’entreprises permettant de constituer des panels internationaux comportant une dimension individuelle et une dimension temporelle. Ces mesures seront déduites de l’utilisation de méthodes non paramétriques : indices de Tornquist et application des méthodes d’enveloppement de données (DEA). Elles seront également dérivées de l’utilisation des méthodes paramétriques avec estimation de technologies de production et de frontières de possibilités de production de type déterministe et stochastique. Ce travail quantitatif facilitera la compréhension des efforts d’ajustement réalisés par les firmes. La variation de la productivité totale des facteurs fera l’objet de décomposition en ses éléments. On s’intéressera d’abord à identifier les gains d’efficience technique, c'est-à-dire l’effort accompli par les organisations, à technologie donnée, pour atteindre le meilleur état de l’art productif observable. On s’intéressera ensuite à repérer l’effet du progrès technique qui traduit un déplacement de la frontière en relation avec les dynamiques d’investissement et d’innovation des entreprises.
Pour évaluer les facteurs de détermination de la PTF et de son évolution dans le temps, il est fait usage des données d’enquêtes effectuées directement ou contrôlées par la Banque Mondiale. Les enquêtes Investment Climate Assessment (ICA) sont riches en informations sur les entreprises d’une trentaine de pays couvrant, pour chacun d’eux, une bonne dizaine de secteurs manufacturiers. Comme suggéré plus haut, les variables de détermination de la PTF sont nombreuses, mais peuvent se regrouper selon trois grands types de facteurs plus ou moins en interaction.
- La performance peut être liée à des comportements internes à l’organisation. Il en est ainsi de toutes les variables se rapportant à la gestion des ressources humaines, au capital social de l’entreprise, mais également à la structure de son capital financier qui véhicule des incitations mises en évidence par la théorie des droits de propriété et plus récemment de l’agence. Dans le vecteur de variables procédant des décisions internes à la firme, il faut également inclure le choix de coopération inter-entreprises par le jeu de mécanismes de sous-traitances plus ou moins sophistiqués.
- L’efficacité productive est également associée à l’Etat en qualité de prescripteur de règles, de fournisseur de biens publics (infrastructures, écoles…) et de services publics marchands (eau, électricité…). Le fonctionnement du système judiciaire, le rapport qu’entretiennent les entreprises avec les administrations (réglementations…) ou les collectivités locales sont également de nature à être pris en compte.
- Troisième et dernière dimension du vecteur de détermination de la performance productive, la structure des marchés et le rôle de la concurrence. Quelle est la relation entre l’efficacité productive et son évolution avec l’intensité croissante de la concurrence ? Dans quelle mesure les conditions d’équilibre des marchés internes et externes ont-elles été des facteurs d’influence (libéralisation, nombre de concurrents, niveau des marges bénéficiaires…) ?
Un thème associé aux questionnements précédents consistera à explorer le rôle particulier de la géographie dans l’observation du niveau et de l’évolution des gains de productivité. L’implantation régionale des entreprises est assurément un facteur d’influence de leur performance productive. La présence de ces spécificités peut se manifester sur chacun des trois grands types de facteurs recensés. Chaque région peut en effet avoir sa propre sensibilité à l’ouverture, commerciale et financière, conduisant alors à des structures différentes de composition du capital financier. Chaque région peut également avoir, lorsque les débouchés sont dans la sphère géographique de proximité, une dynamique d’efficacité conditionnée par l’état de la concurrence locale. Les entreprises les plus efficaces sont-elles celles qui reconnaissent l’intensité croissante de la concurrence et dans quelle mesure ces organisations ont-elles anticipé cette évolution de l’environnement ?
Toute économie admet ses dualités de développement, ses inarticulations géographiques qui conduisent les entreprises à se comporter différemment. Le fonctionnement de l’Etat est lui-même non homogène dans son espace national. Le comportement bureaucratique a de fortes chances de se distinguer selon la région d’appartenance. L’application du droit n’a pas la même réalité entre ces régions. Il convient de s’interroger sur ces réalités d’économie régionale, de mettre en lumière la présence de phénomènes d’économie d’agglomération. L’économie industrielle suggère que l’efficacité d’une entreprise peut être bénéfique à l’ensemble d’un tissu économique local à travers des comportements d’innovation partagés ou d’externalités classiques d’offre et de demande fondées sur l’imitation et l’extension de la taille du marché. Qu’en est-il de cette réalité de district Marshallien ou de cluster dans les systèmes productifs des pays en développement ? Comment joue le facteur de la distance dans les phénomènes de diffusion (spillover) ?
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