AXE 2 - La macroéconomie ouverte et la coopération internationale
2.1 - La dynamique de long terme des économies
2.1.1 - La croissance
L’analyse économique de la croissance a été renouvelée dans les années 80 par les travaux de Romer et ceux de Lucas. Ces travaux cherchent à endogénéiser la croissance de long terme en mettant l’accent sur le rôle du capital humain, du capital social et des infrastructures, des effets externes et des innovations technologiques et surtout des institutions. Des débats ont opposé la communauté scientifique sur l’importance de ces dernières. Trois approches sont défendues. La première met l’accent sur la géographie et les dotations naturelles (Sachs et Warner, 1997). La seconde souligne l’importance de la bonne gouvernance et la nécessaire appropriation par les pays des thèses du "consensus de Washington " (Frankel et Romer, 1999). La troisième met en exergue le rôle de l’histoire et des institutions (Acemoglu, Johnson et Robinson, 2001) : la géographie compte mais uniquement parce qu’elle façonne le cadre institutionnel.
Le CERDI, dont l’expertise en matière d’analyse sur des coupes internationales transversales est reconnue, contribue au débat. Les travaux de recherche en cours s’orientent plus particulièrement sur les thèmes suivants :
- Les facteurs de la soutenabilité de la croissance. Une attention particulière est portée aux conséquences des chocs extérieurs et de la vulnérabilité macroéconomique. On s’intéresse également à la durabilité de long terme de la croissance, celle-ci impliquant la non-décroissance du capital. On cherche également à comprendre pourquoi les pays convergent vers des niveaux de revenu très différents (clubs de convergence).
- Les conséquences en termes de croissance de l’abondance des ressources naturelles, dans une perspective de renouvellement de la théorie du "syndrome hollandais "(Isham et alii, à paraître). Il s’agit d’identifier l’abondance en ressources naturelles comme un facteur de la faiblesse des institutions et de la croissance, à travers les comportements de recherche de rente.
- Un accent particulier est porté aux questions liées à la corruption. Celle-ci non seulement pénalise la croissance, mais elle présente la particularité de s’auto-renforcer en raison de fortes complémentarités : le rendement de l’activité de corruption augmente dans un environnement très corrompu.
- La réactivité de l’investissement privé à la gouvernance publique. La concurrence de plus en plus forte pour attirer les investissements directs étrangers ne permet plus aux pays d’exercer un contrôle bureaucratique étroit et les oblige à repenser à une régulation par le marché (en particulier application à la Chine).
- L’effet de la localisation des activités sur les performances économiques des régions ou des Etats. On utilise ici les modèles d’économie géographique développés initialement par Krugman (1991). Une question particulièrement importante est celle de la polarisation des investissements directs étrangers dans quelques zones géographiques et leur contribution à la diffusion technologique.
- Le lien entre le développement financier, l’instabilité financière et la croissance, par exemple à travers les choix technologiques des entreprises (Saint Paul, 1992) et la qualité de la gouvernance d’entreprise (Shirai, 2004).
2.1.2 - Les inégalités et la pauvreté
La réduction de la pauvreté et des inégalités est une préoccupation centrale de l’économie du développement. Depuis 25 ans la compréhension du phénomène a été grandement améliorée. Les progrès ont porté dans deux directions (Kanbur et Squire, 2002) : la définition et les mécanismes liant les inégalités et la pauvreté à la croissance. Concernant la première direction, la notion de pauvreté s’est élargie, elle ne dépend plus simplement du revenu monétaire mais également, dans une perspective ouverte par Sen (1987) à travers sa notion de "capacités", des différents aspects de la vie des pauvres (éducation, santé, participation, vulnérabilité,…). Concernant la seconde direction, il s’est avéré d’une part, que la relation entre les inégalités (ou la pauvreté) et la croissance est bidirectionnelle : la croissance peut affecter les inégalités et la pauvreté et celle-ci peut être ralentie par de trop fortes inégalités (Murphy, Shleifer et Vishny, 1989). D’autre part, la relation, que l’on sait depuis longtemps non linéaire (courbe de Kuznets), est vraisemblablement aussi instable, non systématique et largement conditionnelle aux politiques menées et aux institutions.
Le CERDI contribue de plusieurs manières à ce courant de recherche :
- L’élaboration d’une base de données visant à mettre au point, en liaison avec les Nations Unies, un indicateur rétrospectif de vulnérabilité économique, en particulier pour les pays les moins avancés. La vulnérabilité est définie comme la combinaison de chocs exogènes, de degré d’exposition aux chocs et de résilience, c’est-à-dire d’adaptation aux chocs.
- Les conséquences de la vulnérabilité sur la vie des pauvres (mortalité, criminalité, éducation…).
- L’impact des réformes institutionnelles et de l’ouverture économique sur les inégalités et la pauvreté. Ainsi, des études sont menées dans le cadre chinois.
- Les conséquences en matière de pauvreté et d’inégalités de la transition fiscale (remplacement de la fiscalité douanière par la fiscalité intérieure).
- La mise en évidence de trappes à pauvreté. Il s’agit de mécanismes auto-entretenus rendant la pauvreté persistante (Azariadis et Stachurski, 2004). On peut les assimiler à des cercles vicieux du sous-développement. Ils peuvent se manifester à des niveaux mésoéconomiques (communautés, régions) ou macroéconomiques (pays). Ils sont responsables d’équilibres multiples et impliquent un rôle relativement plus important de l’histoire par rapport à celui des anticipations dans la détermination de l’équilibre (Krugman, 1991). Ils permettent d’expliquer la pauvreté persistante, la dispersion des revenus par tête et la bi-modalité dans la distribution des revenus ("twin peaks distribution").
- Le rôle de l’urbanisation et des politiques migratoires dans la réduction des inégalités spatiales en Chine.
- La relation entre la décentralisation et la pauvreté en Chine. On peut se demander si la fourniture de biens publics locaux permet de réduire la pauvreté.
Bibliographie
- Acemoglu D., S. Johnson et J.A. Robinson, 2001, "The Colonial Origins of Comparative Development : An Empirical Investigation", The American Economic Review, 91.
- Azariadis C. et J. Stachurski, 2004,"Poverty Traps"in Aghion et Durlauf, eds., Handbook of Economic Growth.
- Frankel J. et D. Romer, 1999, "Does Trade Cause Growth ?", The American Economic Review, 89.
- Isham J. et alii, à paraître, "The Varieties of Resources Experience : Natural Resource Export Structures and the Political Economy of Economic Growth", World Bank Economic Review.
- Krugman P., 1991, Geography and Trade, MIT press.
- Krugman P., 1991, "History versus Expectations", Quarterly Journal of Economics, 106.
- Murphy K.M., A. Shleifer et R.W. Vishny, 1989, "Industrialization and the Big Push", Journal of Political Economy, 97.
- Sachs J. et A. Warner, 1997, "Fundamental Sources of Long-Run Growth", The American Economic Review, 87.
- Saint-Paul G., 1992, "Technological Choice, Financial Markets, and Economic Development", European Economic Review.
- Sen A., 1987, On Ethics and Economics, Blackwell.
- Shirai, S, 2004, "Testing the Three Roles of Equity Markets in Developing Countries: The case of China", World Development, 32(9).


