A - La croissance économique et les phénomènes de répartition
Compte tenu de l’affichage thématique du laboratoire, l’analyse de la dynamique de long terme du Produit intérieur et des phénomènes de répartition qui accompagnent l’élargissement des richesses tient une place importante et récurrente dans les réflexions collectives. L’estimation de modèles de croissance est assez souvent entachée d’erreurs de mesure qui tiennent en partie à la faiblesse des appareils statistiques des pays en développement. Cette fragilité affecte inévitablement les résultats économétriques, notamment en présence d’estimations sur des coupes internationales. Dans un article à paraître dans Oxford Bulletin of Economics and Statistics, J.-L. Arcand aborde ce problème en utilisant un estimateur fondé sur des moments d’ordre deux, qui permet de se passer de l’instrumentation des variables soumises à des erreurs de mesure lorsque les variables exogènes requises ne sont pas disponibles. Le réexamen de certains modèles de croissance endogène dont les résultats sont parmi les plus cités dans la littérature afférente à ce domaine, suggère une sensibilité importante à ce phénomène d’erreur de mesure sur la variable expliquée.
Apprécié à travers le rythme de croissance, le processus de développement montre une grande hétérogénéité dans l’ensemble des pays qui nous occupent. Le spectre international des pays offre notamment une opposition saisissante entre les économies de marché à croissance faible, à commencer par celles qui sont en limite, voire prisonnières d’une trappe de pauvreté, et celles, au contraire, qui sont engagées dans une véritable dynamique de rattrapage du produit par tête des pays les plus industrialisés. La plupart des pays africains se situent dans la première catégorie. En revanche, la Chine, objet d’analyse de l’IDREC, département interne au CERDI que l’on dédie à l’analyse des changements incessants de cette économie, démontre, depuis maintenant près de deux décennies, une capacité à entretenir une croissance à la fois forte et continue, de 8 à 10 % par an. Cette dynamique génère une réduction tendancielle de la pauvreté, mais creuse également des inégalités sociales qui sont l’objet d’inquiétudes à long terme.
La compréhension des performances des pays les plus pauvres, ceux dont la croissance est contrariée par une multitude de facteurs, a tenu une place significative dans l’activité de recherche de P. Guillaumont. Le sujet a donné à son auteur une expertise reconnue, qui a largement profité de plusieurs années de présence au Comité des Politiques de développement des Nations Unies, en tant que Président du Groupe de travail sur les pays les moins avancés. La capitalisation de cette réflexion a donné lieu à de nombreuses communications à des colloques de portée internationale comme les conférences ABCDE de la Banque Mondiale. Plusieurs publications ont résulté de ces recherches, à la fois dans des revues à comité de lecture et dans des ouvrages à plus large diffusion. On verra notamment la publication de la Documentation française, conduite en collaboration avec S. Guillaumont Jeanneney (2002) en relation avec les réflexions du Conseil d’Analyse Economique sur la "Gouvernance mondiale". Le sujet a été plus largement repris dans une réflexion générale de synthèse qui fera prochainement l’objet de deux ouvrages, l’un en français et l’autre en anglais. La thèse générale qui parcourt ces ouvrages est que les Pays les Moins Avancés (PMA), identifiés par un faible revenu par tête, un faible capital humain et une forte vulnérabilité économique, se caractérisent, du fait de la conjonction de ces éléments, par une plus faible probabilité de croissance que les autres pays en développement. Il en résulte une situation de "piège de pauvreté".
Dans ce constat de croissance médiocre, à tout le moins insuffisante pour assurer l’élévation du bien-être des populations, la qualité de la politique économique a certes sa part de responsabilité, mais également les facteurs exogènes de long terme qui confèrent de la vulnérabilité structurelle aux PMA. Cette vulnérabilité a été l’objet d’une analyse spécifique sur plusieurs années avec pour résultat concret un indicateur de synthèse adopté par les Nations Unies et concourant à l’identification même des pays relevant de cette catégorie de pays déshérités. En relation avec l’évaluation des manifestations de cette vulnérabilité, P.Guillaumont s’est intéressé à comprendre les effets de l’instabilité de l’environnement interne et externe, par exemple les faiblesses institutionnelles qui engendrent les inefficacités de fonctionnement de l’Etat, la criminalité par association à un fort niveau de pauvreté ou encore les manifestations difficilement prévisibles de l’instabilité des prix internationaux. P. Guillaumont s’est également attaché à repérer les implications de l’aide internationale en tant que facteur d’atténuation de ces phénomènes difficilement maîtrisables. On retrouvera plus loin, avec l’évocation de l’ouverture économique et financière, l’évocation du rôle particulier dévolu au financement extérieur dans la dynamique du développement.
La recherche de M.-A.Véganzonès s’inscrit également dans cette thématique des déterminants de la croissance avec utilisation de l’économétrie de panel sur données internationales. Dans un article traitant du cas des économies du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA), publié dans le Journal of International Development (2006), l’auteur porte son attention sur l’étude de la relation complexe entre les réformes structurelles et la stabilité macroéconomique, mais également sur le rôle de l’éducation et des infrastructures physiques. A la lecture de ses résultats, il s’avère que ces variables affectent particulièrement les performances de croissance de la zone MENA. Et d’une certaine manière, ce constat semble pouvoir s’étendre à l’investissement privé.
Dans un prolongement de cette étude et sous forme d’article à paraître dans Applied Economics, M-A.Véganzonès montre en effet que l’insuffisance des réformes et les incertitudes économiques expliquent le faible rythme d’accumulation de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Ce résultat se déduit de l’estimation économétrique d’une fonction d’investissement sur un panel d’une quarantaine de pays en développement observés entre 1973-80 et 1999. Ces variables agissent de façon statistiquement significative à côté des déterminants plus traditionnels que sont les anticipations de croissance du Produit intérieur ou le taux d’intérêt réel. Ces conclusions sont étendues aux questions de gouvernance dans un article à paraître dans The Developing Economies, pour un panel de 31 pays en développement étudiés de 1980 à 2002. Dans ce travail, l’estimation d’un système de deux équations d’investissement et de divers indicateurs de gouvernance, montre que la décision d’investissement se trouve être sous l’influence étroite des variables caractérisant la qualité de la gouvernance publique, appréciée en particulier par la perception de la corruption, l’efficacité de la bureaucratie, l’indépendance du système législatif et le respect des lois. L’investissement s’avère également conditionné par les variables commerciales et financières, sur lesquelles on porte plus d’attention dans la partie de ce rapport scientifique qui traite des phénomènes d’ouverture.
On pourra également revenir, mais au niveau de la thématique du développement durable, sur le travail conduit collectivement par C. Araujo, C. Araujo Bonjean, P. Combes Motel et J.-L. Combes, qui a trait aux implications de la déforestation pour la croissance économique des Etats de la fédération brésilienne. L’étude est bien représentative des croisements thématiques qui imprègnent les programmes de recherche du CERDI. Les auteurs s’intéressent à la croissance économique, mais étudient le phénomène en relation avec la problématique du développement durable et avec une modélisation de la question économique qui met en avant les fondements micro-économiques à travers la fonction d’utilité des agents économiques. Le travail, publié dans la Revue d’Economie du Développement (2006), explore les conséquences de l’insécurité foncière sur la croissance économique à partir d’un modèle dynamique d’une économie comportant un secteur agricole et un secteur manufacturier. La terre est à la fois un facteur de production fixe et spécifique au secteur agricole et un support de l’épargne alternatif au capital employé dans le secteur manufacturier.
L’arbitrage entre la détention de capital ou de la terre dépend de coûts de transaction spécifiques à l’actif foncier et résultant de l’insécurité. L’insécurité foncière entraîne une baisse du prix de la terre et une modification de la composition de l’épargne favorable au capital. Le modèle permet donc d’établir deux restrictions : un effet négatif de l’insécurité foncière sur le prix de la terre et un effet positif sur la croissance. Ces deux restrictions sont testées sur données de panel pour les 27 Etats de la fédération brésilienne. L’insécurité foncière est approchée par le nombre de squatters. Les résultats économétriques n’invalident pas les hypothèses du modèle théorique. L’analyse des relations complexes entre le marché de la terre, la croissance économique et l’insécurité foncière au Brésil est également l’objet d’un article publié dans l’une des revues de toute première importance de ce pays : le Brazilian Journal of Political Economy (2006).
L’ensemble des travaux effectués sur la croissance des pays en développement témoigne des différences de performance entre les pays et régions en développement. Dans la carte de la croissance économique mondiale, on a souligné, avec P. Guillaumont, qu’il y avait les pays victimes d’un "piège" de pauvreté. L’Afrique sub-Saharienne est assez largement dans ce cas. Il y a également les pays dont les ressources naturelles devraient faciliter l’obtention de la croissance sans que cette dotation se traduise concrètement par des performances au niveau attendu. Les pays de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient sont peut-être dans ce cas avec des difficultés à valoriser notamment leurs ressources en hydrocarbures. Il y a aussi ceux dont la surexploitation du potentiel naturel peut être à l’origine d’un véritable problème de développement durable. Il y a enfin les pays asiatiques, dont certains se situent dans ce dernier cas avec les pollutions et dégradation des conditions atmosphériques, mais avec des rythmes de croissance très soutenus et reproduits de période en période. La Chine illustre cette dynamique régionale en partie imputable à un effet de mobilisation quantitative des facteurs de production, en partie liée à l’efficacité qualitative dans l’utilisation des ressources productives.
La Chine conserve un régime socialiste totalitaire, mais adopte les mécanismes de l’économie de marché sous l’influence très importante des phénomènes de décentralisation de l’économie comme l’affirment P. Dulbecco et M.-F. Renard (2003). S. Guillaumont et P. Hua (2002, 2005) ont eu l’occasion de montrer l’efficacité de cette économie et d’expliquer ses performances à travers l’étude des gains de productivité. La productivité des facteurs (PTF) est appréhendée sur la période 1993-2002 à partir d’un indice de Malmquist qui permet de décomposer les gains d’efficacité productive en facteurs relevant respectivement de l’efficience technique et du progrès technique. Cette analyse appliquée, qui couvre l’ensemble des 29 provinces chinoises, met en évidence l’influence exercée sur la productivité par le développement financier et l’appréciation de la monnaie chinoise, le Renminbi.
Le modèle économétrique se fonde sur des hypothèses théoriques élaborées en tenant compte du contexte particulier des provinces. Les estimations économétriques, réalisées avec l’estimateur GMM system, débouchent sur des conclusions significatives pour la conduite de la politique économique. En l’occurrence, les auteurs établissent que le développement des crédits au secteur privé et la croissance relative des nouvelles banques ont exercé un effet favorable sur la croissance de la productivité. Cet effet a procédé d’un effet positif sur l’efficience avec cependant des différences notables entre les provinces. Quant aux effets de l’appréciation réelle de la monnaie ils s’avèrent complexes : positifs sur l’efficience technique, mais négatifs sur le progrès technique.
Que ce soit par la croissance économique liée à la mobilisation quantitative des facteurs de production ou par la productivité des ressources productives, la dynamique chinoise est complexe dans l’analyse de ses déterminants, non homogène sur l’étendue du territoire composé de provinces. J.-F. Brun, J.-L. Combes et M.-F. Renard ont traité de ces différences de performance mesurée par la croissance du produit par tête et analysée en relation avec la politique économique dans l’article de China Economic Review (2002). Après 1978 et les premiers signes d’ouverture à l’économie de marché, la politique chinoise a été inégalitaire, favorisant les provinces côtières dans le but que cette valorisation des régions les plus riches pourrait ultérieurement s’étendre aux provinces les plus pauvres. On peut dire que le pouvoir central a arbitré en faveur de l’efficacité économique, contre un processus d’équité inter-régionale procédant d’un volontarisme politique. D’une certaine manière, le pari a été pris de laisser opérer les forces spontanées du marché et les relations de coopération relevant de l’inter-organisation, de privilégier un développement de l’arrière-pays à travers des mécanismes de diffusion d’externalités géographiques sous forme de spillover. Dans l’article précité, les auteurs rappellent quels ont été les déterminants théoriques des effets d’entraînement attendus. Ils testent ensuite la significativité statistique de ces effets à travers un modèle de croissance régionale estimé sur données de panel (1981-1998). Ils estiment enfin l’intensité de ces effets de diffusion ou d’entraînement en mettant en évidence leur caractère trop limité pour freiner la dynamique des disparités de développement.
Le développement de la Chine, dans la manifestation de ses disparités spatiales a été un objet d’analyse partagé par d’autres enseignants et chercheurs du CERDI. Cet affichage est central dans le programme de C. Batisse, qui a rejoint notre unité en qualité de membre permanent au cours de la contractualisation (2002-2006). L’économie d’agglomération et le rôle inhérent à la localisation des activités industrielles sont le thème de deux articles complémentaires, respectivement dans le Journal of Chinese Economic and Busines Studies (2004) et Economie internationale (2005). Ces deux publications ont été le produit d’une collaboration avec S. Poncet, actuellement Maître de conférence à Paris1 et docteur de l’Université d’Auvergne. La localisation sectorielle des activités industrielles entre les différentes provinces est étudiée à partir de l’estimation d’un modèle combinant les facteurs de production et les caractéristiques reflétant à la fois les considérations géographiques et de politique d’intégration. Il est montré que la dynamique des avantages comparatifs et les liens d’offre et de demande sont à l’œuvre dans le choix d’implantation des activités. Mais il s’avère également que l’interventionnisme des autorités provinciales a influencé de manière significative le processus de localisation des activités à travers les entraves aux échanges inter-provinciaux et la politique d’ouverture internationale.
Cette ouverture internationale, dont l’adhésion à l’OMC a été l’expression la plus concrète, va produire de nombreux effets sur l’économie chinoise. C. Batisse indique que les changements les plus prévisibles concernent la réorganisation des entreprises d’Etat et la levée des barrières tarifaires et non tarifaires. La libéralisation des échanges va vraisemblablement accentuer les phénomènes de spécialisation dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre où la Chine révèle ses avantages comparatifs et limiter les productions à fort contenu en ressources naturelles et en capital. La libéralisation des échanges devrait ainsi bénéficier principalement aux provinces côtières. Elle renforcerait alors les phénomènes de polarisation sur l’Est où les provinces sont diversifiées tandis que les provinces de l’intérieur ont une activité concentrée sur quelques grands secteurs traditionnels.
Dans ses articles de World Economic Forum et Région et développement, C. Batisse (2002) a poursuivi sa réflexion en s’interrogeant sur le rôle de la structure industrielle dans la dynamique régionale de la croissance. L’attention se porte sur 30 secteurs industriels, répartis sur 29 provinces étudiées sur la période 1988-1997. L’économétrie sur les variables permet d’établir des résultats non ambigus. A côté des variables représentatives de la dotation factorielle, qui conditionnent directement le rythme de l’activité, la diversité de l’environnement industriel ainsi que la taille du secteur auraient contribué favorablement à la croissance tandis que la spécialisation l’aurait au contraire pénalisée. L’élargissement du secteur manufacturier montre par ailleurs, et l’indice Herfindhal de concentration des activités le confirme, que l’agglomération des activités se poursuit autour des grandes métropoles côtières. Il en résulte des externalités négatives d’environnement, des phénomènes de congestion et de déséquilibres sociaux devant susciter des réactions de politique publique. Chercheur associé au CERDI, S. Souche, recrutée sur un poste de maître de conférences à l’IUT, s’intéresse à traduire ces contreparties négatives du progrès et de la croissance économique à partir de l’analyse du transport et des phénomènes de congestion en milieu urbain. Ses travaux ont donné lieu à l’établissement de rapports pour le Ministère français des transports, mais également à des communications dans des colloques internationaux et un article à paraître dans Politiques et Management Public.
Sur fond de croissance déséquilibrée, il n’est donc pas étonnant qu’une répartition moins inégalitaire des activités soit devenue une des préoccupations majeures des autorités. Comme le rappelle P. Plane et ses co-auteurs, B. Decaluwé et F.Mourji, dans le chapitre introductif de l’ouvrage qu’ils ont dirigé chez Economica : Le développement face à la pauvreté (2006), la croissance chinoise a engendré une baisse importante de la pauvreté. Cette évolution est cependant plus contrastée lorsqu’on introduit la dimension spatiale, notamment la dualité géographique entre les villes et les campagnes. Si en ville le phénomène d’extrême pauvreté a quasiment disparu, en revanche, dans les campagnes, il concerne encore près d’un chinois sur quatre. Par ailleurs sur l’ensemble du territoire, le recul de la pauvreté s’est conjugué avec un creusement spectaculaire des inégalités. Cet accroissement pourrait devenir une source de déstabilisation politique et de ralentissement de la croissance du produit intérieur.
Une façon de faciliter le rééquilibrage territorial consiste à utiliser le canal financier et à promouvoir notamment le fédéralisme budgétaire, instrument de solidarité et de redistribution entre les provinces. Le fédéralisme à la chinoise fait l’objet de nombreuses recherches, notamment comme moyen de soutien à la mise en place de mécanismes de marché. J.-F. Brun, J.-L. Combes, P. Combes Motel et M.-F. Renard (2005) ont pu noter, dans une communication au colloque de la Chinese Economic Association, qu’à ce stade, il n’existe aucun mécanisme de co-assurance budgétaire inter-provincial. C. Batisse s’intéresse également au sujet à travers un travail mené en collaboration avec M. Mignolet de l’Université de Namur. La modélisation des auteurs, initialement conçue pour éclairer la contradiction entre d’une part, les phénomènes de rattrapage de certains pays comme l’Irlande et, d’autre part, le creusement des disparités inter-régionales est en cours d’extension pour l’étude du cas Chinois.
Toujours dans ce cadre d’analyse de la croissance économique et de ses déterminants, mais avec l’angle de réflexion plus général qu’offre un panel international, le CERDI s’est aussi interrogé sur le rôle du facteur financier en mobilisant les soubassements théoriques de la nouvelle microéconomie de l’information. Depuis l’article séminal de Stiglitz et Weiss (1981), la relation entre le système financier et le développement économique a été l’objet de nombreux travaux relevant à la fois de l’économie théorique et appliquée. Les imperfections de marché ont pour implication de rejeter des projets socialement rentables émanant d’agents dépourvus de garanties réelles. La réduction de ces imperfections donne une meilleure accessibilité aux sources du financement formel et en cela, elle est un facteur de réduction de la pauvreté et d’augmentation du bien-être social. Le modèle de Stiglitz et Weiss comporte cependant des limites. J.-L. Arcand en identifie certaines dans un travail actuellement en évaluation. Dans la ligne microéconomique des auteurs, il montre notamment que le résultat de modélisation ne tient pas nécessairement lorsque les préférences des agents peuvent être décrites par un modèle d’Espérance d’Utilité Dépendant du Rang (RDEU), lorsque les emprunteurs ont un comportement suffisamment pessimiste pour réduire la sélection adverse. La présence d’un rationnement du crédit dépendrait, en définitive, de l’interaction entre le pessimisme de l’emprunteur et l’optimisme du prêteur.
Sous l’éclairage macroéconomique, plusieurs membres du CERDI se sont intéressés à la relation entre le système financier et la croissance du produit intérieur. S. Guillaumont, en collaboration avec K. Kpodar, docteur de l’Université d’Auvergne récemment recruté par le Fonds Monétaire International, a exploré deux des facettes de cette relation où le développement du système financier peut tout aussi bien agir positivement sur la croissance que négativement par le jeu des instabilités inhérentes aux crises financières. Un certain nombre d’hypothèses sont présentées et testées par les auteurs sur un échantillon de plus d’une centaine de pays en développement considérés en longue période (1966-2000) avec utilisation de l’estimateur GMM System. Les auteurs ne rejettent pas l’hypothèse d’un effet globalement bénéfique du système financier sur le développement, même si celui-ci va de pair avec des situations de crise, avec des instabilités appréhendées par la moyenne des écarts absolus entre le ratio de liquidités (M3/PIB) et sa valeur tendancielle de long terme. Les auteurs montrent aussi qu’au-delà de leur action sur la croissance, le développement financier et l’instabilité financière exercent sur le niveau de la pauvreté une action spécifique, ce qui amène à réhabiliter l’ "effet de conduit" de Mc Kinnon.
Egalement sur données macroéconomiques, F. Bresson, doctorant au CERDI, s’est intéressé à une autre dimension du sujet qui reste à ce stade peu explorée dans la littérature : l’effet du développement financier sur les inégalités de revenu et plus particulièrement sur les inégalités d’accès à l’éducation. La relation conditionne la formation du capital humain, les capabilités dont Sen (1999) a souligné qu’elles étaient un facteur décisif dans l’épanouissement de la personne. Les imperfections du marché du crédit sont potentiellement à l’origine d’une sous-production d’éducation, le capital humain ne pouvant s’accroître qu’au prix de financements dont ne disposent pas suffisamment les individus. Sur la base d’un échantillon de 130 pays observés sur la période 1960-1999, F. Bresson accepte l’hypothèse que le développement financier accroît les inégalités de revenu, mais réduit les inégalités de l’accès à l’éducation mesurées par le nombre d’années d’étude. L’accès au marché financier est donc un élément de l’égalité des chances. Il permet à la fois de donner aux individus le mode de fonctionnement auquel ils aspirent en même temps qu’il est un facteur de bien-être social en facilitant notamment la maîtrise des technologies efficaces.
Dans ses publications, le CERDI compte également certains travaux relatifs à la dynamique économique, mais appliqués au cas des économies développées. La facilité de transposition des méthodes et l’intérêt de leur approfondissement dans le cadre des thématiques du laboratoire sont évidents. Par exemple, T.K.C. Pham (2005), recrutée en 2005 à l’Université d’Auvergne en qualité de maître de conférences, après une formation initiale au Beta, a publié, dans Economie et prévision, une étude proposant des tests semi-paramétriques de convergence des revenus au sein des régions de l’Union Européenne. En utilisant les concepts de beta et sigma convergence, T.K.C. Pham et ses co-auteurs montrent que le phénomène se limiterait aux seules régions présentant un faible niveau de revenu par habitant. L’hypothèse d’une trappe de pauvreté ne serait donc pas rejetée alors que parallèlement, la dynamique des régions les plus prospères ne livre pas d’évidence d’un tel processus de rapprochement. En relation avec les modèles de croissance, Pham s’est également intéressée à la croissance dans ses relations au statut social, aux inégalités et au bien-être.


