Centre d'Etudes et de Recherches sur le Développement International

logo CERDI
CERDI

CERDI

accueil » recherche » thèmes » capital naturel

Axe 3 - Développement durable "Économie de la santé, institutions et capital naturel"

3.3 - Capital naturel

sommaire

Les travaux de la Commission Mondiale pour l’Environnement et le Développement, présidée par GH. Brundtland, ont défini le développement durable comme un développement des générations actuelles ne sacrifiant pas le bien-être des générations futures (Brundtland, 1987). Le maintien d’un capital naturel constitue donc un des enjeux du développement durable. Depuis Solow (1993), l’environnement et les ressources naturelles y sont incorporés. Concernant le premier, son étude mobilise les outils standards de la science économique pour étudier les problèmes posés par la dégradation de la qualité de l’air, de l’eau ou des sols (Baumol et Oates, 1988). La gestion des ressources naturelles renvoie à la rareté croissante d’une ressource qui n’est pas produite par l’homme et notamment au problème de son allocation inter-temporelle (Hartwick et Olewiler, 1998).

Il existe un premier thème de recherche transversale aux questions environnementales et de gestion des ressources naturelles. Il concerne les indicateurs de développement durable (épargne véritable, empreinte écologique,…). Il s’agit d’évaluer, par l’outil économétrique, la relation entre la croissance et la détérioration du capital naturel. En effet, les théories de la croissance mettent en évidence le rôle du taux d’investissement matériel parmi d’autres variables. Celui-ci est une variable explicative cruciale des travaux économétriques sur la beta-convergence. Des études de cas récentes de la Banque Mondiale montrent cependant des évolutions très différentes des taux d’investissement et des taux d’investissement "véritables". Ceux-ci permettent de tenir compte de l’évolution du capital naturel et notamment de la pression exercée par l’activité économique sur l’environnement et les ressources naturelles. Une des questions étudiées est de savoir, si dans une perspective de croissance durable, l’hypothèse de beta-convergence n’est pas infirmée en utilisant des indicateurs "véritables" d’investissement et de revenu. En outre, il s’agira d’explorer le lien entre cette nouvelle batterie d’indicateurs et des indicateurs de développement comme l’IDH, en mobilisant l’économétrie de panel avec ou sans instrumentation.

3.3.1 – Environnement

Considérant la taille de son économie et la rapidité de son développement, la Chine est très souvent présentée comme la prochaine première puissance économique mondiale. Néanmoins, si cette vision positive reflète bien l’efficacité de la politique économique chinoise, elle s’accompagne d’une inquiétude croissante relative aux conséquences environnementales de l’émergence de la Chine. Malgré des indicateurs environnementaux en apparence satisfaisants, le coût de la pollution en Chine, notamment en termes de santé, s’annonce très élevé. Ainsi, d’après la Banque Mondiale, le coût serait de l’ordre de 8 % du PIB annuellement (référence). En outre, le cas de la Chine permet d’anticiper la question environnementale qui se posera demain en Inde, au Brésil ou encore en Afrique du Sud.

Le CERDI se propose d’évaluer la situation environnementale chinoise, notamment en étudiant la question de la convergence des émissions de dioxyde de soufre responsables des pluies acides. Il entend également étudier les liens entre pollution et croissance. Il s’agit de mettre en évidence une relation non linéaire entre les émissions de polluants et le développement dans l’hypothèse de la courbe de Kuznets environnementale ou relation en U inversé (CKE : Grossman et Krueger, 1995). Cette hypothèse a fait l’objet de plusieurs critiques (Dasgupta et alii, 2002). Selon certains, des changements institutionnels appropriés pourraient réduire les rejets polluants pour tous les niveaux de développement et réduire le seuil de développement à partir duquel les émissions de polluants régressent. Pour d’autres, la courbe ne se renverse pas en raison de l’apparition de nouveaux polluants ou de havres de pollution ("moins disant environnemental"). Dans une problématique voisine, on s’intéresse également à la convergence des émissions polluantes (Brock & Taylor, 2004). Les techniques économétriques utilisées requièrent des outils paramétriques (estimateur non linéaire sur des données de panel) ou non paramétriques.

3.3.2 - Ressources naturelles

L’exploitation pétrolière contribue à l’érosion du capital naturel d’un pays. Celle-ci génère une rente de rareté qui croît au cours du temps en raison du caractère épuisable de la ressource. Un second thème de recherche est constitué autour de la gestion de la rente pétrolière dans les pays en développement et notamment de la CEMAC. Ce thème de recherche comporte des implications fortes en termes de politique économique. Il est illustré par l’expérience tchadienne dont le gouvernement s’est engagé à consacrer une fraction de ses recettes pétrolières au financement de projets de développement. Les questions posées sont les suivantes. Les gouvernements des pays concernés (5 des 6 pays membres de la CEMAC sont producteurs de pétrole) utilisent-ils "convenablement" la rente ? Poursuivent-ils des objectifs de court terme relatifs aux échéances électorales ? Quelles sont alors les conséquences sur la gestion de la rente des conflits sociaux et ethniques (Tornell & Lane, 1999) ? Ou bien, conformément à la notion de substituabilité faible, les dirigeants des pays pétroliers ont-ils la capacité de constituer un capital humain ou matériel qui est substitué au capital naturel ? Cette question s’inscrit dans une problématique plus large où l’on s’interroge sur la capacité des pays à réinvestir la rente engendrée par l’exploitation d’une ressource naturelle, selon la règle dite de Hicks, Hartwick et Solow (Hartwick, 1977).

Un des objectifs du millénaire pour le développement est de réduire de moitié, d’ici à 2015, la fraction de la population mondiale qui n’a pas accès de façon durable à des services d’assainissement et d’eau potable. Les pays en développement ont de grandes difficultés pour financer les investissements nécessités par des besoins sans cesse croissants. L’objectif de ce troisième thème de recherche est de s’interroger sur les configurations industrielles (droit de propriété et degré de concurrence) les plus adaptées aux pays en développement, notamment ceux situés en Afrique au sud du Sahara. On utilise pour cela les outils de l’économie industrielle, de la théorie des incitations et de l’économie des réseaux. Cette analyse de l’offre doit être complétée par une analyse de la demande permettant en particulier de mesurer le consentement à payer des populations.

Un quatrième thème de recherche est plus particulièrement axé sur les questions agricoles. On s’intéresse à la dynamique de la transformation de zones préservées en terres agricoles consacrées à des monocultures ou à de l’élevage. Un projet de recherche est appliqué à l’Argentine. Il combine des monographies de terrain et l’utilisation de données de recensements agricoles qui permettent de contrôler les dimensions spatiales et temporelles du phénomène.

Un cinquième thème de recherche, financé par une ACI modélisation du développement durable, étudie l’impact des politiques macroéconomiques sur la déforestation dans les pays en développement (en particulier la politique de change qui affecte les prix relatifs). On s’intéresse également aux facteurs institutionnels de la déforestation (Deacon, 1994). On cherche par exemple à mettre en évidence l’impact de l’insécurité financière, des conflits et des modes de faire valoir sur la déforestation. On utilise des données internationales, mais également des données issues des recensements agricoles au Brésil. Ces travaux peuvent permettre de mettre en évidence "une courbe de Kuznets de la déforestation". L’accent mis sur les problèmes forestiers s’explique parce que la forêt est un bien public global (puits de carbone, biodiversité,…) mais aussi local (effet microclimatique, protection des sols,…). Le recrutement d’un chercheur postdoctoral financé par l’ACI est envisagé afin d’élaborer un modèle économétrique de la déforestation tropicale.

Bibliographie

sommaire